Message pour les développeurs/développeuses africain(e)s : concrétisez vos idées !

Boy_Determination

Développeurs/Développeuses africain(e)s, la valorisation du Made In Africa dans le domaine des NTIC passe par vous. Dans ce post, je donne quelques conseils qui, à mon sens, vous permettrons de concrétiser vos idées et produire des solutions de qualité. Bien évidement, il s’agit d’un avis personnel, si vous avez une vision différente ou des conseils complémentaires, n’hésitez pas à laisser un commentaire.

Les enjeux économiques

La mise en valeur du Made in Africa dans le domaine de l’IT n’est pas seulement une affaire de fierté nationale ou « continentale » : il est également question de notre économie et de notre souveraineté. En effet, en regardant l’actualité informatique à la loupe, on s’aperçoit que les outils et langages Open Source gagnent du terrain en Occident. Il devient de plus en plus fréquent que des entreprises (grandes ou petites) fassent le choix du logiciel libre. En France par exemple, les grandes entreprises s’unissent pour favoriser le partage et faciliter l’utilisation de l’Open Source. Trouver des architectures basées sur Apache, Tomcat, Postgresql est devenu mainstream depuis quelques années. Les géants du web (Amazon, Netflix, Google, Facebook,…) utilisent des briques Open Source dans leur plateforme. Ils n’hésitent pas à reverser leur code aux communautés libres, ce qui encourage les autres entreprises à s’y mettre.

Quelques liens intéressants sur le sujet

Je reviendrai sur les raisons de cette tendance dans un prochain post consacré aux différents modèles économiques autour de l’Open Source. J’y expliquerai le modèle qui conviendrait mieux selon moi aux entreprises africaines.

Dans la suite de l’article, je vais plutôt m’attarder sur les conséquences du phénomène pour l’Afrique.

Comme le disait Jules Ferry dans son discours du 28 juillet 1885 « Mais il y a une autre forme de colonisation, c’est celle qui s’adapte aux peuples qui ont, ou bien un excédent de capitaux, ou bien un excédent de produits.[…] Les colonies sont pour les pays riches un placement de capitaux des plus avantageux.[…] Dans la crise que traversent toutes les industries européennes, la fondation d’une colonie, c’est la création d’un débouché.[…]« .

133 ans se sont écoulés depuis mais, cette phrase, est toujours aussi vraie. L’ère de la colonisation affichée est passée, mais les pays africains restent le débouché par excellence pour les excédents de production du monde occidental : vêtements, nourriture, déchets toxiques, armes, déchets électroniques, IT, etc. En effet, si les entreprises occidentales se tournent en masse vers l’Open Source, les dinosaures du logiciel propriétaire tels que Oracle, SAP, Software AG, vont accélérer leur implantation en Afrique, récupérer les marchés au détriment des entreprises locales et embaucher les développeurs locaux au rabais. On ne tardera pas à voir ces entreprises venir vendre des solutions coûteuses et invendables ailleurs à nos PME, nos écoles, nos administrations! Avec ou sans la généralisation de l’Open Source, ils viendront en force car le marché africain est porteur et relativement simple d’accès en terme de lois.

Les plus pessimistes me diront que c’est trop tard, qu’ils sont déjà là. De mon point de vue, il reste encore beaucoup à faire. Il reste encore pas mal de vide à combler. La nature ayant horreur du vide, si nous ne faisons rien, d’autres viendront exploiter (encore une fois) la mine d’or que représente notre continent en terme de possibilités d’entrepreneuriat dans le domaine de l’IT.

Développeurs/Développeuses et acteurs de l’IT africain(e)s, avec l’essor de l’Open Source, nous n’avons plus d’excuses. Il nous incombe de développer des solutions adaptées à nos PME, à nos écoles, à nos villes, nos problèmes locaux avant que d’autres ne le fassent et nous facturent des sommes astronomiques. Aidons nos structures à augmenter leur productivité, leur visibilité, leur compétitivité, à coopérer entre elles. L’Afrique peut se positionner en producteur plutôt qu’en consommateur (comme c’est le cas dans pas mal de secteur). Cela ne dépendant que de nous, de notre motivation, de notre envie de changer les choses. Plus besoin de gros moyens pour commencer un projet. Il suffit d’idées et de courage, ce dont nous ne manquons pas.

Voici un exemple de projet concret que je trouve particulièrement inspirant : simpala.net

Il s’agit d’une plateforme développée par la start-up camerounaise Dorcas Technologie et ayant pour but de faciliter la gestion des établissements scolaires en zone rurale et urbaine. C’est une solution simple et à bas coût, adaptée aux réalités africaines et destinée dès le départ à résoudre certains problèmes qui se dressent sur la route des établissements scolaires au Cameroun et en Afrique.

Ce type de projet doit se répandre sur le continent et ce, dans tous les secteurs d’activités : agriculture, commerce en détail, artisanat, administrations, etc.

Développeurs/développeuses africain(e)s, comment devez-vous vous y prendre ?

Focalisons nous sur l’attitude à avoir (le mindset). Je laisse volontairement l’aspect technique de côté car cela fera l’objet de mes prochains posts.

N’attendez pas des opportunités, créez les!

Comme le dit l’adage, la chance sourit aux audacieux. Au lieu d’attendre l’opportunité du siècle ou un CDI, observez dans votre ville ou votre village, les PME, les coopératives, les associations. Trouvez en une dont l’activité s’y prête et montrer lui ce que la technologie peut lui apporter en terme de visibilité et d’efficacité. Dans le cas d’une PME, montrez lui comment elle peut gagner optimiser sa rentabilité ou son efficacité avec un site web ou un ERP (Entreprise Ressources Planning) bien fait.

Une fois cette structure repérée, étudiez son activité de près afin lui proposer des solutions adaptées et personnalisées. Présentez vous à elle, avec un prototype, quelque chose de concret et facile à comprendre. Avec les nombreux frameworks libres qui existent, cette démarche ne vous coûtera que du temps. Il existe même des images libres que vous pouvez utiliser pour embellir votre prototype. J’utilise par exemple Pixabay pour mon blog.

« Qui ne tente rien n’a rien ». Au mieux, vous gagnez un marché, au pire vous montez en compétences et cela fait un projet de plus dans votre Portfolio.

N’hésitez pas à aller voir le responsable du magasin de vêtements ou du pressing qui vient d’ouvrir dans le quartier, avec votre PC sous le bras, pour lui montrer à quoi pourrait ressembler son site ainsi que les services en ligne qu’il pourrait proposer à ses clients.

Concrétisez vos idées !

Vous avez une idée en tête ? Elle vous semble folle ? Concrétisez la rapidement. C’est là que l’existence de l’Open Source est une aubaine. Vous pouvez concrétisez vos idées sans risque financier, sans demander l’accord de qui que ce soit. Il vous suffit d’un PC et d’une connexion internet de temps en temps pour télécharger la documentation et l’environnement de travail. Aussi folle soit votre idée d’application web ou mobile, n’hésitez pas! Plus vous produisez des résultats concrets, plus votre motivation grandira, plus vous aurez envie d’aller plus loin.

Pour amener des personnes (investisseurs, banques, et autres) à vous aider dans la réalisation de votre projet, quoi de plus convainquant qu’un prototype qui montre votre concept? Ne perdez pas de temps à faire des études de marchés ou des documents word à rallonge. Je ne dis pas qu’il faut foncer la tête baissée, surtout pas, mais il faut savoir agir rapidement afin de ne pas s’enfermer dans une spirale de réflexion éternelle proche de la procrastination. Prenez le temps d’écrire les principales fonctionnalités que vous souhaitez mettre en œuvre, le modèle technique macro et lancez-vous. Pas besoin de d’avantage de paperasse.

Même si au final vous n’arrivez pas à vendre votre produit/projet, vous allez monter en compétences et acquérir des connaissances. Comme l’a dit Robert T. Kiyosaki : « L’échec fait tomber le perdant, l’échec inspire le gagnant »

Partagez

Pour augmenter vos chances de décrocher des marchés, partagez vos Gombos. Mettez vous à plusieurs, motivez vous les uns les autres pour monter en compétence sur les différents aspects techniques impliqués dans vos projets : front office, back office, bases de données, les tests, etc.. Vous pourrez avancer plus vite et livrer un produit de qualité.
Bien évidement, il faut soigneusement choisir ses alliés. Assurez-vous que les personnes avec qui vous formez une alliance partagent les mêmes valeurs et les mêmes objectifs que vous. La confiance n’exclura jamais le contrôle donc soyez prudents, protégez vous avec un contrat si possible.

Une autre forme de partage, c’est le travail communautaire. Concevoir le site web pour faire connaître votre association, les prénoms de votre groupe ethnique, ou encore la coopérative du village ne vous rapportera pas d’argent. Cela vous permettra de travailler sur des sujets concrets et d’aiguiser vos talents. C’est aussi l’occasion de travailler avec d’autres développeurs, d’échanger des idées et de rencontrer des partenaires voire, des ami(e)s.

Rendez vos clients/utilisateurs autonomes

Certains diront que c’est plus logique de rendre votre client dépendant afin de lui facturer un maximum de choses. C’est une vision court-termiste qui ne vous rapportera rien au final. Du moins c’est un modèle basé sur la rentabilité et l’égoïsme, en quelques sortes . En effet, l’autonomie est un critère de satisfaction très important. Moins votre client a besoin de vous pour effectuer des modifications simples, plus il sera satisfait de votre produit. Votre produit aura la réputation d’être « facile à utiliser ». Dans le contexte africain, c’est un facteur clé de succès pour une application ou un logiciel.

Concrètement prévoyez toujours une interface d’administration simple et une formation pour vos clients. Même s’il s’agit de Tantie Affoué qui ne sait pas lire, elle sait utiliser son téléphone,elle sait compter son argent donc, elle peut rajouter un produit dans une base de données pour peu que l’interface soit ergonomique et bien pensée. C’est l’exemple de la tablette somtou pensée pour Tantie Affoué et qui permet de travailler avec des images, des pictogrammes adaptés au contexte des marchés dans nos Pays. Par exemple pour ajouter des bananes au stock, son action doit se limiter à cliquer sur un bouton avec l’icône d’une banane et à rajouter des compléments d’informations simples (10 kg, mûre, non mûre,…). Pour un site web, faciliter l’ajout de news, de photos, etc…

Bien entendu, les tâches ingrates restent à votre charge : montée de version, patchs de sécurité, hébergement.

Le conseil reste valable si vous travaillez dans une entreprise. Faites en sorte que les personnes qui utilisent les applications dont vous êtes responsable fassent le moins souvent appel à vous. Plus le taux de disponibilité de vos applications est élevé, plus votre management sera satisfait. Vous aurez ainsi plus de temps pour la mise en œuvre de nouvelles fonctionnalités et pour faire évoluer les anciennes.

Soyez professionnel(le)!

C’est ce qui manque bien trop souvent aux entreprises africaines : le service client et la rigueur professionnelle. Même s’il s’agit de l’application de la coopérative d’un village derrière Zuénoula, mettez le paquet. C’est même plus important de faire un bon travail dans ce cas là!

Préparez les rendez-vous avec vos clients! Si vous avez une démonstration à faire, préparez tout ce qu’il faut la veille. Faîtes un maximum de tests et prévoyez un plan B; par exemple une vidéo démonstrative dans laquelle vous manipulez l’application. En cas de problème critique, vous pourrez ainsi montrer quelque chose.

Soyez ponctuel(le) pour vos rendez-vous et vos livraisons! Oubliez l’heure africaine, elle n’existe pas. L’heure c’est l’heure. Annoncez des délais que vous êtes sûr(e)s de respecter. Il peut arriver que vous ayez sous estimé le travail à faire. Dans ce cas, prévenez le client en avance en expliquant les raisons, les impacts et en proposant un plan d’action : un problème doit être annoncé avec une solution.

Ayez une grille de tarif claire. Elle vous permettra de donner un devis rapidement et sera gage de transparence et d’honnêteté. C’est assez intriguant d’être face à une entreprise qui met plusieurs jours afin de soumettre un devis à un client alors qu’elle est prétend maîtriser le projet pour lequel on la sollicite.

Apprenez à gardez le sourire et votre sang froid en toute circonstance (il faut laisser le sang chaud Bété ou Gouro là à la maison). Un sourire ce n’est pas grand chose, mais ça peut détendre l’atmosphère et mettre une personne à l’aise. De plus, il faut savoir que les neurones miroir ont tendance à nous faire adopter la même émotion que notre interlocuteur. Il est très difficile d’être désagréable avec une personne souriante.

Restez curieux

L’idée n’est pas de maîtriser l’ensemble des langages et des frameworks en vogue. C’est impossible. Il faut cependant éviter de rester dans votre zone de confort. N’hésitez pas à expérimenter de nouveaux langages, et des nouvelles façons de concevoir les applications. C’est ainsi qu’on reste compétitif.

Consacrez également du temps à l’actualité informatique (hardware et software). Renseignez vous sur tout ce qui se fait de nouveaux.

Pour ma part, je consulte régulièrement Medium pour l’actualité et Openclassroom pour les cours. N’hésitez pas à laisser un commentaire avec vos sites d’actualité IT préférés.

Le mot de la fin

« C’est en commençant un pas qu’on fait l’ensemble du trajet » – Proverbe burkinabé.

N’hésitez pas à partager l’article!!

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